Témoignage de Mme HERVOCHE. – MESQUER

Quand la guerre fut déclarée, c'était l'époque des battages, j'avais 9 ans. Les machines allaient de ferme en ferme. Nous, les enfants, suivions la batteuse. Je me rappelle que soudain, les cloches ont sonné et les adultes ont arrêté leur travail et ont dit : "c'est la guerre". Puis ont repris les activités.

En juin, nous travaillions dans les champs et nous avons entendu les allemands arriver en chantant "hailli, haillo…". Mes parents disaient "il faut partir, ils vont nous tuer". Nous eûmes peur et sommes partis.

 

Je me souviens, avec ma mère, nous allions laver le linge dans une mare que nous appelions "un bouillon", et soudain un brouillard s'est formé, en voyant cette fumée, ma mère dit "c'est pour nous tuer, c'est pour nous tuer". Nous sommes parties, mais le brouillard nous a rattrapées et nous nous sommes mis une taie d'oreiller sur la figure. Cette fumée ne nous a rien fait, mais c'était "la peur des gaz".

Le Patronage
Le Patronage

Les écoles avaient été réquisitionnées par les allemands. J'étais en école privée. Cette école fut transférée au Patronage.

Les allemands avaient mis leurs chevaux dans un bâtiment à droite de la Cure (actuels urinoirs) et dans des bâtiments près du Château de Kerguistel qui servait pour l'école des garçons. 3

En récréation, nous regardions les allemands par curiosité mais ils représentaient l'ennemi car ma grand-mère avait perdu deux fils lors de la première guerre mondiale. Mais je n'avais pas l'impression qu'ils étaient méchants.

Mes parents ont caché dans le grenier un homme qui était communiste. Il partait en journée et la nuit se cachait chez nous, à Brehery.

Je me souviens, mes parents avaient quatre cochons prêts à tuer, les allemands avaient prévenus qu'ils venaient les réquisitionner. Mon père les avait mis à courir dans un pré afin de les sauver. Mais ils allèrent loin car ce n'était pas clos!

Sur la route vers Merquel, il n'y avait que trois villas. Tout était cassé, il n'y avait même plus de porte. Les allemands s'étaient servis mais aussi des gens du coin.

Je me souviens, pendant la Poche, il y avait peu de choses à manger. Mes parents mettaient de côté les carottes de sable un peu pourries pour donner à manger aux lapins. Deux allemands, dont un gradé, sont venus à travers les marais, jusque chez nous, pour retirer la partie pourrie des carottes et les manger crues, tellement ils avaient faim.

Les allemands avaient donné un beau crayon de toutes les couleurs à mon frère.

 

prison de Mesquer
prison de Mesquer

Une fois un voisin et son frère plus jeune, étaient allés au bourg de Mesquer, qui à cette époque était entouré de barbelés et de barrières. En revenant du bourg, ils prirent un bout de fil de fer barbelé, mais un allemand les a vus. Il les a interpelés et poursuivis. Le plus âgé s'enfuit par la route pour retourner chez lui, mais son frère voulant prendre vers les champs se fit surprendre par les barbelés. Les allemands l'on arrêté et emprisonné. Le grand frère arriva chez sa grand-mère et dit "les allemands ont pris André". Elle fut très inquiète et arriva chez nous. Ma mère, courageuse, se rendit là-bas avec la grand-mère. 

Témoignage recueilli par l'association "Les Voyageurs de l'Histoire" en 2011