Témoignage de M BERTHO – MESQUER

Maison St Michel en 2011
Maison St Michel en 2011

Mon père était le boucher de Quimiac. On avait faim et j'allais pêcher des moules, des bigorneaux et des berniques à la plage du moulin (appelée à l'époque le port du moulin). C'était la seule plage qui n'était pas minée, on y allait par le chemin de Treyo. Là, il y avait un allemand qui nous donnait un laissez-passer temporaire. Nous étions surveillés par un allemand avec une mitrailleuse pendant tout le temps où l'on était sur la plage.

Les allemands avaient interdit tout le Bois de Quimiac, car il était miné, ainsi que les plages et ils utilisaient les arbres du Bois pour construire des obstacles au débarquement, c'était le mur de l'Atlantique. Les quelques maisons existant dans cette zone avait été vidées de leurs occupants, les allemands se servaient d'ailleurs de la maison "St Michel" pour eux.

On allait à l'école en passant par les marais.

ferme de Soursac en 2011
ferme de Soursac en 2011

Le 23 novembre 1942, un B17 américain est abattu et deux aviateurs en sautent en parachute. Ils ont atterrit à la ferme de Soursac.

Mr L. gardait ses vaches à la ferme de Soursac lorsque les deux parachutistes tombèrent. L'un d'entre eux lui a demandé de cacher son parachute mais il n'a rien pu faire car il entendait les allemands arriver dans leur camion.

Stèle commémorative du crash du B 17
Stèle commémorative du crash du B 17

 

 

Les deux américains ont été attrapés par les allemands et ils les ont fait défiler les mains en l'air de la ferme de Soursac à la rue centrale en passant par Kero.

 

Lorsqu'ils bombardaient St Nazaire, on aurait dit que le ciel était en feu.

Mon père avait été fait prisonnier en 1940, mais grâce à Mme T.  de Nantes il avait été libéré, car avec ma mère elles avaient réussi à faire croire qu'il avait encore trois enfants, (mais ma sœur était morte avant la guerre). Elles ont réussi à faire de fausses photos avec une autre petite fille. Mon père est revenu avec un gars de Donges. Ce gars à son retour, les TODT (organisation allemande qui construisait des blockhaus à la pointe de Merquel) l'avaient embauché pour transporter de l'essence avec des petits wagonnets. Mon père lui a suggéré de voler des bidons d'essence aux allemands. Cela s'est fait un dimanche je me souviens bien, on a faillit se faire tuer. Ils avaient garé le camion devant la boucherie, mais les TODT n'avaient pas le droit de rouler le dimanche et deux "plaques à chien" (feldgendarmes) ont vu le camion.

Ils sont rentrés dans la boucherie, et mon père et son copain étaient en train de cacher les bidons dans le chemin de l'étang, ils étaient en train de les passer au- dessus d'un petit mur. Les allemands couraient dans tous les sens Il y en a un qui est entré avec une mitraillette et ma mère nous a serré dans ses bras. Ils étaient pris en flagrant délit. Ils ont emmené mon père, on a appris qu'il était à Nantes et Mme T. avait dit à ma mère d'aller le voir avant qu'il ne parte. Ma mère avait pu y aller avec un camion de MIGAUT de La Turballe. Je crois qu'il a été emmené à Dachau. A la fin de la guerre il a été libéré par les américains, mais il ne faisait plus que 50 Kg et est resté à Nantes chez un marchand d'œufs jusqu'à la libération, tandis que nous on était en Poche.

Les seules forces alliées pour libérer Mesquer avaient seulement une jeep, j'avais composé une chanson avec des amis pour les accueillir.

Les allemands prisonniers après la guerre et logés dans l'actuel Relais Marine, sont restés là pour déminer sous les ordres de Mr SALINGER."

Témoignage recueilli par l'association "Les Voyageurs de l'Histoire" en 2011