L'opération CHARIOT

Le 24 mai 1941, le Bismarck coule le cuirassé anglais HOOD au cours d’un très court combat de 15 minutes. Les anglais durent mobiliser une grande partie de leur flotte pour réussir à le couler, le 27 mai, avant qu’il n’arrive à rentrer à Saint-Nazaire pour réparer ses avaries dans la seule cale pouvant le recevoir, la forme Joubert appelé aussi dock Normandie.

Le TIRPITZ
Le TIRPITZ

La mise en état de combat du Tirpitz (sister ship du           Bismarck) fin 1941, mobilise une grande partie de la Home Fleet anglaise qui est nécessaire sur d’autres fronts. La       solution la plus simple est de détruire la forme Joubert qui est la seule capable de l’accueillir en cas de besoin en dehors de l’Allemagne, la RAF n’arrivant pas à le couler malgré les nombreux bombardements réalisés. Des bombardements nombreux sur Saint-Nazaire n’arrivèrent pas non plus à détruire la forme.

La seule possibilité est un plan établi lors de la création du service des opérations combinées, l’attaque du dock Normandie par des commandos, mais rejeté par son chef de l’époque l'amiral sir Roger KEYES. Son remplacement par l'amiral Lord Louis MOUNTBATTEN remet en lumière ce plan.

Une flottille de vedettes anglaises doit franchir de nuit et à vive allure l’estuaire de la Loire pendant que les défenses allemandes seront distraites par un raid aérien.

Un destroyer chargé d'explosifs sera amené jusqu'à l'écluse-caisson de la forme Joubert et des équipes de commandos débarqueront de ce navire ainsi que des vedettes pour attaquer et détruire 24 cibles différentes. Les forces seront ensuite évacuées par la mer.       

Le Campbeltown lors de ses modifications
Le Campbeltown lors de ses modifications

Le destroyer était le HMS Campbeltown était un navire obsolète fournit par les américains dans le cadre de la loi prêt

bail. On lui apporta quelques modifications cosmétiques pour qu'il ressemble à un destroyer allemand. Le bateau devait enfoncer le caisson et puis être sabordé afin d'empêcher son déplacement avant qu'il n'explose. Il est accompagné par douze ML (Motor Launches ou chaloupes à moteur), quatre MTB (Motor Torpedo Boat ou vedette rapide lance-torpilles) et le MGB 314. Au total, 266 commandos devaient débarquer avec trois missions distinctes : les troupes d'assaut devront s'emparer des défenses ennemies, les équipes de démolition détruire leurs cibles et le dernier groupe protéger les deux autres de toute contre-attaque ennemie jusqu'au repli général. Le lieutenant-colonel NEWMAN fut choisi pour commander l'opération tandis que le capitaine de frégate RYDER reçut la responsabilité de l'ensemble des forces navales. Deux destroyers, l'Atherstone et le Tynedale, étaient chargés de la protection de l'expédition jusqu'à la Loire.

L'Atherstone

Photo Navy

Le Tynedale

Photo Navy


Pendant plusieurs semaines, les commandos devant participer à l'opération suivirent un entrainement intensif. Ils étudièrent des photographies aériennes et des maquettes très précises des docks de Saint-Nazaire. Un entraînement spécial était réservé aux équipes de démolition avec des exercices "grandeur nature" dans les ports de Rosyth, Cardiff et Southampton où ils apprirent à poser des charges explosives avec le maximum d'efficacité. À la mi-mars, les commandos et la flottille furent rassemblés à Falmouth. Durant deux semaines, ils s'entrainèrent à la navigation par mer houleuse, à débarquer en pleine nuit...

U-593
U-593

L'expédition appareilla dans l'après-midi du 26 mars 1942. La flottille fit route vers le golfe de Gascogne. Elle bifurqua ensuite pour se présenter au sud de l'estuaire de la Loire, au soir du 27 mars. Au cours de son voyage, alors qu'elle se trouvait à environ 120 miles dans le sud-sud-est d'Ouessant, les veilleurs du Tynedale aperçurent un sous-marin en surface. Il s'agissait de l'U-593, sous le commandement du lieutenant de vaisseau KELBING. À ce moment, les vedettes rapides et les ML avaient amené leurs couleurs et les trois destroyers battaient pavillon allemand. Le Tynedale se dirigea sur le sous-marin et, parvenu à 400 mètres, hissa le pavillon britannique et ouvrit le feu. Le sous-marin revint en surface et fut aussitôt criblé par toutes les armes rapprochées du torpilleur anglais. Le sous-marin disparu et les Anglais étaient convaincus de l'avoir coulé. Or l'U-593 n'avait pas été coulé et signala la présence des navires britanniques. La flottille croisa sur sa route deux chalutiers français. Ils furent coulés après embarcation de leurs équipages. À 17h00, RYDER fut informé de la possibilité de rencontrer quatre torpilleurs ennemis venant de sortir de la Loire. Ces derniers avaient été expédiés après réception du message envoyé par l'U-593. La flottille prenait la direction de Saint-Nazaire, à 20h00, avec en tête le MGB 314, puis le Campbeltown, les ML rangés sur deux colonnes et, en serre-file, le MTB 74. À 22h00, le sous-marin britannique Sturgeon, placé en jalon devant l'entrée de la Loire comme dernière balise avant l'assaut, était en vue. Le Tynedale et l'Atherstone se séparèrent du reste de la formation et se mirent à patrouiller au large du méridien de Belle-Ile tandis que le reste de la flotte, battant pavillon allemand, continuait sa route vers Saint-Nazaire. À 23h00, les charges explosives du Campbeltown furent amorcées. À 23h30, la RAF commença à effectuer un bombardement de diversion sur le port. Seules deux bombes furent larguées à cause de la mauvaise visibilité.

Des projecteurs s'allumèrent au passage des navires anglais, fonçant tous feux éteints. RYDER avait en sa possession les signaux de reconnaissance allemands et avait à bord un homme qui parlait allemand. Il annonça qu'il rentrait au port conformément à ses ordres avec des blessés à bord et demandait des ambulances. Du côté allemand, la confusion régnait. À 1h28, alors que la flottille n'était plus qu'à 6 minutes de son objectif, les Allemands ouvrirent le feu. Les Britanniques firent alors le signal réglementaire annonçant une méprise. Le feu s'arrêta un instant et reprit de plus belle. Le pavillon de la Royal Navy fut alors hissé. 1h34: le Campbeltown s'écrase sur la porte de la forme  

HMS Campbeltown 
HMS Campbeltown 

Joubert. Les groupes terrestres entrent en action. La station de pompage est détruite, ainsi que certains treuils d'ouverture de la porte. D'après le plan établi, les six vedettes du Group 1 avaient pour mission de débarquer des commandos sur le vieux môle, une jetée s'avançant sur le fleuve, au sud de la forme Joubert, à  

proximité du point de rembarquement. Mais, les tirs allemands leur firent subir de lourdes pertes et seule une vedette parvint à accoster au vieux môle. Les deux bunkers qui y étaient installés 

furent pris d'assaut et leurs canons détruits mais la vingtaine de commandos débarqués ne put pousser plus loin.

Les Allemands se reprirent petit à petit. Le rembarquement fut rendu impossible par la destruction de plus de la moitié des vedettes et car le vieux môle, prévu comme point de

MTB 74
MTB 74

rembarquement, était resté aux mains des allemands. De son côté, le MTB 74 reçut l'ordre de torpiller l'écluse de l'ancienne entrée. Il lâcha deux torpilles qui heurtèrent la porte métallique, puis, comme prévu, coulèrent sans exploser le long de la paroi. Le MTB 74 rembarqua ensuite les survivants du Campbeltown et chercha à gagner la haute mer. Mais, il commit l'erreur de stopper pour prendre des commandos naufragés à son bord. Constituant une cible parfaite, la vedette fut touchée par l'artillerie allemande et dut être abandonnée. 

Conscient que tout rembarquement était impossible, NEWMAN rassembla les survivants et leur ordonna de rejoindre l'arrière-pays par leurs propres moyens. 

Thom Mc CORMACK décédé de ces blessures le 11 avril 42 à Rennes

Les commandos se dispersèrent dans la ville. La plupart furent fait prisonniers, d'autres furent 

abattus. Seul cinq échapperont à la captivité.

215 marins et commandos avaient été capturés et 169 étaient morts. 

 

Prisonniers anglais faisant le "V" de la victoire.


Prisonniers anglais
Prisonniers anglais

Ils furent rassemblé à La Baule. Du côté allemand, les pertes s'élevaient à 42 tués, 127 blessés. En mer, quatre vedettes pleines de rescapés réussirent à rejoindre le point de rendez-vous avec les destroyers Atherstone et Tynedale et quatre autres vedettes regagnèrent l'Angleterre par leurs propres moyens. Sur le chemin du retour, le ML 306 fut intercepté par le torpilleur allemand Jaguar. L'équipage refusa de se rendre et les Allemands furent contraints de l'éliminer. À bord, les hommes tentèrent de résister héroïquement. Après une heure de combat, l'équipage dut se rendre avec de très lourdes pertes.

Soldats allemands inspectant le Campbeltown
Soldats allemands inspectant le Campbeltown

10 h 30 : les explosifs du Campbeltown explosent. La porte du dock est projetée hors de son rail, près de 400 officiers et soldats étaient rassemblés autour du navire, attirés par la rumeur de découverte de café, chocolat, cigarettes,.... Ils furent pulvérisés. Des débris humains retombèrent dans un rayon de deux kilomètres. Deux jours plus tard, les équipes de déblaiement ramasseront encore à la pelle des fragments humains qui jonchaient le quai.

29 mars 1942: Les 2 torpilles britanniques lâchées la veille pendant l'opération, explosent avec un retard non prévu, semant la confusion dans les troupes allemandes qui ouvrent le feu entre elles et sur des civils français. Dans la panique, 16 civils sont tués et une trentaine blessés.

L'opération ayant abouti à rendre inutilisable le dock Normandie, les anglais considérèrent

que c'était une réussite.

La canonnière MGB 314 (Motor Gun Boat), navire de commandement de l'Opération Chariot.

Une des ML (Motor Launch) parmi les 17 vedettes rapides de défense côtière en bois qui participèrent à l'Opération Chariot. Pour avoir une autonomie suffisante pour faire l'aller retour, les ML se virent ajouter des réservoirs supplémentaires en caoutchouc, ce qui fit d'elles, malheureusement, des cibles d'autant plus fragiles.


Porte de la forme Joubert de nos jours.

 

La stèle avec le canon de 75 du Campbeltown déplacée sur le toit du bunkersas à côté de la porte de la forme Joubert.